Le diable dans tous ses états

Le diable dans tous ses états.
Satan, Lucifer, Prince des Ténèbres, telles sont les appellations les plus familières du diable. Le portrait de ce personnage archaïque et singulier se décline en mille facettes.

Etymologiquement, le diable est celui qui divise et scinde le monde en deux, en s’opposant à Dieu. La naissance de ce dualisme, la personnification du Bien et du Mal remonte bien au-delà de l’ère chrétienne. Si nos lointains ancêtres représentaient déjà les forces maléfiques sur les parois des cavernes, la notion de diable unique est l’apanage des religions monothéistes, chrétiennes, musulmanes (islam), israëlites (judaïsme). Selon la thèse de Gérald Messadié, spécialiste du diable » et auteur de « L’Histoire générale du diable », aux éditions Robert Laffont, on trouve sa trace pour la première fois en Mésopotamie, et plus précisément en Iran, au VIe siècle avant J.C. Les paroles du prophète et réformateur Zoroastre (Zarathoustra en persan) dessinent un étrange personnage, imaginé pour lutter contre les rites et les sacrifices des innombrables religions polythéistes, qui ensanglantaient l’Asie du Sud-Ouest. Prêtres et mages disciples de Zoroastre, afin de mieux asseoir leur quête de pouvoir, ont cherché à atténuer cette variété de croyances. Ainsi « le diable est né d’une religion unique totalitaire, rassemblant les multiples croyances et rites », avance Gérald Messadié. Satan, invention autant religieuse que politique devient « fonctionnaire de l’Etat ». Les mages iraniens l’ont créé. Le christianisme l’instaure comme pouvoir hégémonique. La notion de faute et de péché originel, intimement liée au diable, nous vient d’un pays voisin, l’Irak. Le Mal y est figuré pour la première fois par une déesse féminine. Le judaïsme semble avoir emprunté le sens de la faute et de la pénitence, puis l’identification de la femme au diable aux Mésopotamiens. Dans la Genèse, premier de nos livres occidentaux, écrit par les Juifs appelés Hébreux, la célèbre scène d’Adam et Eve nous confronte au diable, sous les traits d’un serpent.

Dans l’Ancien Testament et jusqu’au IIe siècle, on ne trouve ni description des Enfers, ni vision antagoniste du diable. Dans les Ecrits intertestamentaires et dans le Nouveau Testament, le diable est bizarrement devenu ennemi de Dieu. Chaque écrit en donne une vision différente. Dans le monde musulman et le Coran, Satan (« Shaïtan » en arabe veut dire Diable) s’adresse directement à Adam, sans impliquer Eve. L’enfer est simplement le lieu où vont les damnés après le partage effectué par Allah entre bons et méchants. Les emprunts au Nouveau Testament sont donc nombreux. On peut conclure que, selon Gérald Messadié, « l’interprétation de Satan fait de l’islam la religion sœur du christianisme ».

Le christianisme ne s’est pas seulement nourri des religions de l’Antiquité. Il a également diabolisé tous les démons ambivalents des croyances polythéistes. Ce qui débouche souvent sur de lourds contresens. Ainsi, la figure du serpent, à l’origine associée aux forces de la Terre, en Amérique et en Afrique, devient l’emblème du Mal en Occident. Loki, dieu du répertoire celte, diablotin d’opéra qui jouait simplement des mauvais tours aux sacripants devient lui aussi une figure diabolique. Quant aux dragons chinois de la religion taoïste, satanisés par l’Eglise chrétienne, ils n’étaient en fait que d’inoffensifs lézards, servant de superbes motifs décoratifs.

Mélomane, un satyre, divinité sombre et mystérieuse, se juche sur un ramasse-miettes d’origine suisse,1950.

Cette entrée a été publiée dans Objets art déco, avec comme mot(s)-clef(s) , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>